Par J-L Schlienger, Janvier 2002
Cet article compile les résultats de plusieurs études scientifiques s’intéressant aux effets d’une consommation de bière modérée et régulière sur la santé, notamment en matière de risque cardiovasculaire, de corpulence et de digestion. Ces travaux ont été réalisés à la demande ou avec le soutien du Centre d’Information Scientifique sur la Bière (CISB).
1. Consommation modérée et risque cardiovasculaire : le rôle de l’homocystéine
Date de publication des résultats : 16 janvier 2003
De nouvelles données issues des études françaises SU.VI.MAX et COBRA (COnsommation de Bière et Risque Artériel) confirment une hypothèse prometteuse : la consommation modérée de bière pourrait avoir un effet favorable sur la santé cardiovasculaire en agissant sur le taux d’homocystéine sanguin.
L’enjeu de l’homocystéine
L’homocystéine est un acide aminé. Son élévation est un facteur de risque reconnu dans l’augmentation des pathologies coronariennes, cérébrovasculaires et artérielles périphériques. Si l’homocystéinémie (taux d’homocystéine dans le sang) augmente généralement avec la consommation de boissons alcooliques, certaines vitamines B sont des déterminants majeurs de sa diminution.
Les conclusions des études
- Étude COBRA : Menée sur une population à risque cardiovasculaire élevé, elle a montré qu’une consommation modérée et régulière de bière est associée à une diminution du taux sanguin d’homocystéine.
- Étude SU.VI.MAX : Les travaux sur 2 691 personnes indiquent que la consommation de bière ne semble pas avoir d’effet, ou avoir un effet inverse, sur l’homocystéinémie, contrairement au vin qui pourrait l’augmenter.

Mise en garde : La consommation excessive de boissons alcooliques n’a pas ces effets bénéfiques. Recommander la consommation de telles boissons aux personnes abstinentes n’est en aucun cas justifié. Le CISB insiste sur une consommation responsable et modérée.
2. Bière et Corpulence : aucune relation retrouvée
Dates de publication des résultats : 27 novembre 2002 et 18 septembre 2002
Deux communications scientifiques basées sur l’étude SU.VI.MAX et l’étude Fleurbaix-Laventie Ville Santé ont abordé la question de l’impact de la bière sur la prise de poids. Les résultats sont concordants.
Absence de lien avec l’IMC et le RTH
Des travaux réalisés sur une population de 2 691 sujets de l’étude SU.VI.MAX ont analysé la relation entre la consommation de différentes boissons alcooliques et deux indicateurs de corpulence : l’Indice de Masse Corporelle (IMC) et le Ratio Tour de Taille / Tour de Hanche (RTH).
Après ajustement pour les facteurs confondants (âge, tabagisme, activité physique, etc.), l’étude n’observe aucune relation entre la consommation de bière et l’IMC, ni le RTH.
La consommation modérée ne fait pas grossir
- L’étude Fleurbaix-Laventie Ville Santé (sur 520 sujets) a révélé une relation en forme de U entre la consommation totale d’alcool, l’IMC et l’adiposité, avec des valeurs minimales pour des consommations modérées (1 verre par jour).
- Chez la femme, les consommatrices d’un verre ou moins par jour présentent un poids et une corpulence inférieurs à ceux des abstinentes.
- Chez l’homme, les consommateurs modérés de bière ont même tendance à être plus minces que les abstinents, sans différence significative avec les consommateurs de vin.
Selon le Dr Catherine Alamowitch, auteur de la Revue de Littérature Bière & Poids, la consommation modérée de bière dans le cadre d’une alimentation équilibrée n’entraîne pas de prise de poids.
Hypothèses explicatives
Les chercheurs avancent deux explications possibles à ce phénomène :
- Les calories provenant de l’alcool pourraient être brûlées en priorité dans certains processus métaboliques (régulation de la température, respiration, etc.).
- Les consommateurs modérés de bière pourraient adapter leur alimentation en compensant l’apport glucidique de la bière par une réduction des autres apports en sucres.
De plus, la bière, avec environ 100 calories pour un demi de 25 cl, est l’une des boissons alcooliques les moins caloriques. Consommée au cours des repas, elle pourrait même procurer un effet de satiété, réduisant le grignotage.
3. Bière et Digestion : une motilité gastro-intestinale améliorée
Date de publication des résultats : 17 juillet 2002
Une étude japonaise parue dans Alcoholism: Clinical and Experimental Research a révélé les mécanismes d’action spécifiques de la bière sur la digestion.
Accélération de la vidange gastrique
Les composants de la bière ont un effet stimulant sur la vidange gastrique et le temps de transit gastro-intestinal. Le mécanisme est une stimulation des muscles lisses du tractus supérieur via les récepteurs muscariniques M3 de l’acétylcholine, responsables de la contraction des cellules musculaires lisses

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Rôle dans les mécanismes chimiques
L’équipe de recherche a également confirmé les hypothèses précédentes concernant l’influence de la bière sur les processus chimiques de la digestion, notamment :
- La stimulation de la sécrétion d’acide gastrique.
- La libération de gastrine, une hormone digestive.
Il est désormais avéré que la bière contribue à améliorer la digestion sur un plan mécanique et chimique en stimulant la vidange gastrique et la sécrétion d’hormones et de sucs digestifs. Des études supplémentaires sont nécessaires pour identifier les composants précis responsables de ces mécanismes.
Le rôle du CISB
Le Centre d’Information Scientifique sur la Bière (CISB) a pour mission de contribuer au développement de la recherche scientifique et médicale sur les effets d’une consommation modérée et régulière de bière sur la santé, et d’informer les milieux scientifiques et médicaux de l’état de la recherche sur ce sujet.